La Cour des comptes relève des irrégularités dans l’exécution du budget, malgré un solde global excédentaire de 369 milliards FCFA et un taux de réalisation des objectifs de 80%.

La Côte d’Ivoire a enregistré un déficit budgétaire de 2.210,17 milliards FCFA en 2025. Ce déséquilibre a toutefois été compensé par un excédent de trésorerie de 2 579,25 milliards FCFA, permettant de dégager un solde global positif de 369,07 milliards FCFA. Ces chiffres ressortent du rapport sur l’exécution du budget de l’État présenté le mercredi 28 octobre 2026 à Abidjan par le président de la Cour des comptes, Kanvaly Diomandé.
Dans son rapport, l’institution a relevé plusieurs insuffisances dans la préparation et l’exécution du budget. Elle a notamment signalé des divergences entre les données sur les modifications budgétaires transmises par les ministères et celles du ministère chargé des Finances, le recours récurrent aux lettres d’avance pour modifier les crédits ainsi que des changements budgétaires intervenus après la clôture de l’exercice.
L’encours de la dette publique a atteint 33.159 milliards FCFA à fin 2025, contre 31.416 milliards FCFA un an auparavant. Il représente 57,8% du produit intérieur brut (PIB), un niveau inférieur au plafond communautaire de 70% fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

La Cour a également relevé des insuffisances dans les prévisions de certaines recettes, une contre-performance du droit unique de sortie sur le cacao et des difficultés de recouvrement fiscal liées à la requalification de 122 recettes de services. Elle a par ailleurs signalé l’absence de certains décrets de transfert de crédits, l’inexécution de projets financés sur ressources extérieures et le non-respect des autorisations relatives aux émissions de titres publics sur les marchés financiers intérieurs. Des pièces justificatives insuffisantes ont aussi été constatées concernant certaines créances de l’État sur des entreprises débitrices.
Des résultats contrastés
L’audit de performance a porté sur 153 programmes, dont 34 relevant des comptes spéciaux du Trésor, répartis entre 33 sections budgétaires. La Cour note une progression de la culture du résultat dans l’administration publique. Le taux global de réalisation des objectifs s’est établi à 80% en 2025, tandis que 25 départements ministériels sur 33 ont affiché un taux d’exécution budgétaire supérieur à 90%.
Cependant, la mobilisation des financements extérieurs reste insuffisante, avec un taux global de 50 %. L’institution pointe également le manque d’indicateurs d’impact, leur alignement insuffisant sur les Objectifs de développement durable (ODD) et la non-atteinte de certaines cibles liées à l’égalité de genre.
Dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, l’audit du ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité a mis en évidence des insuffisances dans la réalisation de projets hydrauliques, notamment celui de l’alimentation en eau potable d’Abobo et des localités environnantes. Des difficultés ont également été relevées dans la construction d’infrastructures modernes de gestion des déchets.

Au ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, les observations portent notamment sur les retards dans la mise en place des centres régionaux de conduite du transport d’électricité à Abidjan, Bouaké et Man, les difficultés du projet BEST d’accès à l’électricité, les dysfonctionnements du réseau et la faible contribution des énergies renouvelables au mix énergétique.
Sur les 92 recommandations formulées lors des contrôles antérieurs, 62 ont été mises en œuvre, six partiellement exécutées et 24 restent sans suite. Malgré ces insuffisances, la Cour estime que les programmes de l’exercice 2025 ont été globalement exécutés de manière satisfaisante, sous réserve de la prise en compte de ses observations. Elle a également déclaré la conformité entre les comptes des ordonnateurs et ceux des comptables publics, sous réserve des erreurs et irrégularités susceptibles d’être relevées lors de l’apurement des comptes.
L’institution recommande au ministre de l’Économie, des Finances et du Budget de mieux adapter les prévisions aux capacités réelles de mobilisation des ressources, d’améliorer le rendement des recettes et de veiller au respect des autorisations et des procédures de modification budgétaire.
Joseph Amara Dembélé

