Face à l’arrivée au Mali de ressortissants burkinabè refoulés de Guinée, la solidarité s’organise au sein de la communauté burkinabè. Siaka Ouattara, résident au Mali depuis cinq ans, appelle à une mobilisation collective pour assurer une prise en charge digne des personnes concernées. Il plaide également pour des solutions durables afin d’offrir aux jeunes une alternative à l’orpaillage à l’étranger.
La Gazette du Sahel : Comment appréciez-vous la situation des ressortissants burkinabè arrivés récemment au Mali, notamment ceux refoulés de Guinée ?
Siaka Ouattara : C’est une situation qui nécessite une intervention urgente. Elle ne concerne pas uniquement les Burkinabè, mais également des enfants et de jeunes adolescents de plusieurs nationalités. Je suis venu ici à l’ambassade en tant que Burkinabè, mais, d’après les informations que j’ai reçues, d’autres personnes se trouvent également sur différents sites. Cela constitue une situation humanitaire qui appelle une réponse rapide, même si les premières actions de prise en charge ont déjà commencé.
La Gazette du Sahel : Que savez-vous des circonstances de leur arrivée au Mali ?
Siaka Ouattara : D’après les informations recueillies, ces jeunes viennent de Guinée. Nous n’en savons pas davantage sur les circonstances précises et nous préférons laisser ces aspects aux États concernés. Il s’agit essentiellement de jeunes qui travaillaient sur des sites d’orpaillage et qui se sont retrouvés en déplacement de la Guinée vers le Mali, à la suite d’une décision des autorités guinéennes.
La Gazette du Sahel : Avez-vous personnellement contribué aux actions d’assistance en faveur de ces personnes ?
Siaka Ouattara : L’assistance est en train de s’organiser. Je ne participe pas directement à sa coordination, donc je ne peux pas donner davantage de détails. Je peux toutefois parler de ma contribution personnelle. L’Amicale des Burkinabè résidant au Mali a lancé un appel aux dons, auquel j’ai répondu en tant que patriote. Je me suis également rendu à l’ambassade pour apporter une contribution. Ces jeunes sont nos compatriotes et méritent d’être traités avec dignité. En tant que patriotes, nous devons nous mobiliser comme un seul homme pour leur montrer qu’ils peuvent compter sur la solidarité de leurs compatriotes.
La Gazette du Sahel : Quelles solutions préconisez-vous pour éviter que de telles situations se reproduisent ?
Siaka Ouattara : Il faut d’abord souhaiter qu’il n’y ait plus d’autres cas de ce genre. Ensuite, nous devons continuer à travailler pour offrir des alternatives aux adolescents et aux jeunes qui sont particulièrement attirés par l’orpaillage à l’étranger. Au Burkina Faso, les autorités avaient déjà pris conscience de cette situation. Le président avait notamment lancé un appel pour que les enfants et les jeunes impliqués dans l’orpaillage dans d’autres pays puissent rentrer au Burkina Faso et y retrouver un avenir dans la dignité.
La Gazette du Sahel : Quel appel souhaitez-vous lancer face à cette situation ?
Siaka Ouattara : Mon appel ne s’adresse pas uniquement aux autorités, mais à tout le monde. Nous vivons dans un monde où nous avons besoin de davantage de solidarité, de compréhension et de bon voisinage. Chacun doit contribuer à faire en sorte que les choses se passent bien et que cette situation ne devienne finalement qu’un mauvais souvenir.
La Gazette du Sahel : Disposez-vous d’une estimation du nombre de personnes actuellement accueillies au niveau de l’ambassade ?
Siaka Ouattara : Non, je ne dispose pas de chiffres. Il faut attendre les communications officielles. Au regard des arrivées de camions dont nous sommes témoins, il serait hasardeux pour quiconque d’avancer actuellement un nombre précis. Toutefois, il est important de constater que le mouvement concerne un nombre assez élevé de personnes, dépassant parfois ce que nous observons dans certaines situations de réfugiés ou de déplacés internes. C’est une situation humanitaire qui doit être prise en charge comme toute autre. J’espère que l’ensemble des organisations humanitaires, ainsi que les différents États concernés, seront interpellés pour répondre aux besoins de ces jeunes.
Propos recueillis
par Joseph Amara Dembélé.

