Orpailleurs refoulés de Guinée : Bamako leur réserve un accueil chaleureux

Contraints de quitter les sites d’orpaillage en Guinée, des milliers de ressortissants de plusieurs pays étrangers ont foulé le sol malien depuis hier dans des conditions difficiles. Pertes matérielles, violences alléguées, calvaire, longue attente en espérant un retour en famille, autorités maliennes et burkinabè sont mobilisées pour un retour sécurisé de ces frères africains.

«Nous sommes en famille au Mali, mais notre souhait est de rentrer chez nous.» Ce témoignage de Yacouba Sawadogo, orpailleur burkinabè arrivé au Mali après avoir quitté la Guinée, résume le sentiment de nombreux travailleurs concernés par les opérations contre l’orpaillage clandestin et illégal dans ce pays. Depuis hier, des milliers d’africains ont pris d’assaut quelques points de la capitale, notamment le marché de la place de Guinée, l’autogare et l’ambassade du Burkina Faso.

La situation découle de l’interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri, dans le nord-est du pays, par le gouvernement guinéen. Une décision qui entraîne le départ de travailleurs étrangers, notamment burkinabè, dont plusieurs milliers seraient concernés, selon les autorités de Ouagadougou.

Ce mercredi matin devant l’ambassade du Faso, la scène est désolante. Le soleil peine à lancer ses rayons, une marée humaine inonde l’ambassade du Faso à l’ACI. Sac au dos, mains vides, certains n’ont apporté que des souvenirs de ce périple de la Guinée au Mali. Ils sont des centaines de personnes, dont plusieurs femmes et adolescents, à attendre un retour dans des conditions totalement insalubres. Certains sont couchés à même le sol, d’autres avec un regard vide déambulent.

L’un d’entre eux, Yacouba Sawadogo, étudiant à l’université Joseph Ki-Zerbo, visiblement à bout de souffle après le trajet à pied, raconte que le refoulement serait intervenu les 28 ou 29 octobre, alors que les travailleurs étaient en pleine activité, à une quinzaine de kilomètres de Siguiri. Il affirme que les opérations se sont déroulées sans préavis et ont entraîné des pertes importantes. Des machines auraient été saccagées ou brûlées, tandis que des travailleurs auraient subi des agressions et des vols. Certains auraient même chuté dans des trous d’exploitation profonds et remplis d’eau.

Au-delà des pertes matérielles, notre interlocuteur décrit des conditions de travail particulièrement difficiles. Il estime qu’environ la moitié des revenus des orpailleurs était absorbée par différentes contributions réclamées par des chefs de terre, des jeunes, des militaires et d’autres groupes. Malgré ces difficultés, il explique que beaucoup continuaient cette activité faute de possibilités d’emploi et pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Aujourd’hui au Mali, il dit avoir été bien accueilli, mais souligne les difficultés liées à l’alimentation et à la prise en charge des personnes arrivées. Son souhait est de regagner le Burkina Faso. Il appelle les autorités burkinabè à faciliter leur retour et à mettre en place des mesures de réinsertion économique afin d’éviter que les jeunes ne soient contraints de repartir à l’étranger pour chercher des moyens de subsistance. Entre temps, des camions de transport militaire arrivent plein à craquer.

À bord, un adolescent, habillé en maillot de football de couleur rouge, pantalon délabré, attire notre regard. À sa descente, nous l’approchons. S’exprimant uniquement qu’en Moré, un traducteur nous aide à comprendre. «J’ai 15 ans, mon frère aîné est dans le camion » dit-il. Selon lui, il a vécu sur le site de Siguiri durant 3 mois à la recherche de l’or pour s’assurer une vie meilleure. Je veux rentrer chez moi au Faso», lance-t-il avec boule à la gorge.

Mobilisation générale

La situation préoccupe également les membres de la communauté burkinabè établis au Mali. Résidant dans le pays depuis cinq ans, Siaka Ouattara décrit un afflux de personnes de différentes nationalités qui nécessite, selon lui, une réponse humanitaire urgente. Ayant répondu à l’appel de l’Amicale des travailleurs burkinabè au Mali, il affirme avoir apporté sa contribution à l’ambassade pour soutenir les compatriotes concernés. Pour lui, la solidarité doit dépasser les initiatives individuelles et mobiliser les organisations humanitaires ainsi que les États. « C’est une situation humanitaire qui doit être prise en charge comme toute autre. J’espère que l’ensemble des organisations humanitaires, ainsi que les différents États concernés, seront interpellés pour répondre aux besoins de ces jeunes », ajoute-t-il.

Face à cet afflux, les autorités maliennes ont également engagé des démarches. Dans un communiqué, le Centre de coordination et de gestion des crises et catastrophes (CECOGEC) affirme que les autorités maliennes assurent prendre les dispositions nécessaires pour accueillir les personnes concernées dans des conditions appropriées et organiser leur acheminement vers leurs pays d’origine.

De son côté, l’Amicale des travailleurs burkinabè au Mali a lancé un appel aux contributions volontaires pour soutenir l’ambassade du Burkina Faso dans la prise en charge des compatriotes. Selon son président, Jean-Paul Ouattara, des cars ont été mobilisés par l’ambassade pour assurer leur rapatriement vers le Burkina Faso. Un constat bien visible devant les lieux. Selon André OUÉDRAOGO, membre de l’Association des Ressortissants Burkinabè au Mali (ARM), environ une dizaine de bus ont déjà pris le chemin de Ouaga depuis le matin. «Dans le rang, les femmes et adolescents seront les privilégiés car ils représentent la couche la plus vulnérable,» raconte-t-il. D’après lui, les opérations se poursuivront et une visite des autorités des deux pays est prévue dans la soirée pour un constat des lieux.

Joseph Amara Dembélé

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