Mini-terrains de football : lieux de retrouvailles nocturnes

Les surfaces de sport dotées de gazon artificiel, remplaçant l’herbe naturelle, poussent comme des champignons à travers la capitale malienne. Du coucher du soleil jusqu’au cœur de la nuit, les amoureux du ballon rond s’y regroupent pour des duels passionnés. Au terrain synthétique du «quartier Mali», la passion du football l’emporte sur l’obscurité.

Le soleil a pris congé de la cité des Trois Caïmans depuis environ une heure, mais la ville garde sa physionomie bruyante. Dans les rues et sur les artères, les engins continuent leur ballet, mêlant klaxons, rugissements de moteurs et conversations. Une brise légère se fait sentir, le temps menace.

Au cœur du tintamarre, un endroit attire les regards. Il s’agit d’un terrain synthétique situé à quelques mètres du Centre de santé de référence (CSRef) de la Commune V du district de Bamako, éclairé comme en plein jour.

À l’extérieur, pas de tribunes imposantes ni de milliers de spectateurs. Trois habitués des lieux observent la scène à travers le grillage. Leurs yeux suivent le ballon lors des premières passes d’échauffement.

Parmi eux, Oumar Diarra nous confie d’une voix calme : «Le match entre anciens joueurs professionnels va démarrer dans dix minutes, à 19 h 30 précises.»

Tous les jeudis, d’anciens joueurs de différents clubs nationaux se regroupent pour un match d’exhibition afin d’entretenir leurs liens et leur forme physique. Ce soir, avant le coup d’envoi, l’ambiance est plutôt calme. À mesure que les minutes passent, les joueurs échangent quelques plaisanteries sur leurs performances du dernier match.

Sur la pelouse artificielle, les projecteurs diffusent une lumière blanche et uniforme. Le vert du gazon tranche avec l’obscurité qui enveloppe progressivement les alentours.

Lorsque la chaleur de la journée retombe, ces terrains synthétiques deviennent de véritables points de rencontre. Étudiants, travailleurs, commerçants, adolescents et jeunes sans emploi viennent y évacuer le stress de la journée autour du ballon rond. Certains jouent pour le plaisir, d’autres pour entretenir des liens amicaux. «Trois à quatre fois par mois, nous organisons des matchs avec des groupes de jeunes de notre quartier», affirme un homme élancé surnommé «Messi», convaincu des bienfaits de ces rassemblements au-delà du simple bien-être physique.

Le match s’emballe– En raison de l’étroitesse du terrain, les joueurs se divisent en deux équipes de sept personnes. L’équipe A arbore un maillot bleu ciel et l’équipe B un maillot orange.

Quelques secondes après le premier coup de sifflet signalant le début du duel, les consignes fusent d’un camp à l’autre. «Passe !», «Monte !», «Tu oublies ce joueur !», «Positionne-toi bien !». Le match démarre sur les chapeaux de roue.

Une feinte de corps suffit à éliminer un défenseur. Le ballon file ensuite dans la profondeur avant qu’une frappe sèche ne trompe le gardien. Deux minutes à peine après le coup d’envoi, l’équipe A ouvre le score. Pas de clameur dans les tribunes. Seuls les cris des joueurs et le bruit des crampons accompagnent la célébration.

L’équipe menée n’a pas eu le temps de digérer ce premier but que l’équipe en tête enchaîne avec un deuxième but tout aussi magistral. Une douche froide qui ravive cependant le sang-froid de l’équipe menée. À la vingtième minute, le numéro 10 de l’équipe B réduit l’écart. «Je savais que cet ancien de l’AS Real allait nous offrir ça», lance Oumar Diarra. Le jeu garde ce rythme soutenu jusqu’à la pause, sans autre rebondissement.

Au bord du rectangle vert, les remplaçants suivent attentivement la rencontre. Certains commentent les actions, d’autres profitent de la pause pour discuter. Pour eux, ces rendez-vous dépassent le cadre d’une simple partie de football : ils constituent un moment de retrouvailles, de partage et de transmission entre générations de footballeurs.

Mais ces anciens ne sont pas les seuls à profiter de ces installations nocturnes. Selon le responsable du site, les matchs s’enchaînent à un rythme continu. Un autre groupe de jeunes occupera le terrain juste après. « Nous avons deux terrains ici : un pour les juniors et un pour les seniors », explique-t-il.

L’activité est également lucrative pour les gestionnaires. Avec des tarifs fixés à 25.000 F CFA l’heure et 30.000 F CFA pour 90 minutes, le site peut engranger jusqu’à 150.000 F CFA au cours d’une soirée, selon son responsable.

Seydou Kané, l’un des joueurs, nous souffle durant ses cinq minutes de pause : «En semaine, chacun a ses occupations. Le jeudi soir, on se retrouve ici. Le football nous rassemble.» Mais cette cohésion peut parfois s’effriter, car des tensions surviennent parfois. «Plusieurs joueurs nous ont abandonnés à la suite d’incompréhensions sur le terrain», regrette notre interlocuteur.

À la reprise, une nouvelle offensive de l’équipe B se dessine, mais ne donne rien. La pause aura suffi aux deux camps pour affûter leurs armes et intensifier la partie. Les occasions se multiplient et les buts pleuvent de part et d’autre dans les vingt dernières minutes. La partie s’achève finalement sur le score de 5 buts à 4 en faveur de l’équipe A après 80 minutes de jeu.

La nuit est désormais bien installée sur Bamako. Mais ici, sous les projecteurs, elle semble avoir perdu ses droits. Le football a pris le relais du soleil. Et tandis que la capitale ralentit peu à peu son rythme, les crampons, eux, continuent de résonner sur le gazon synthétique. Pour ces passionnés, la journée ne s’achève véritablement qu’au dernier coup de sifflet.

Joseph Amara Dembélé

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