Le marché des tenues de protection contre la pluie tourne au ralenti dans certains quartiers de Bamako. L’irrégularité des précipitations, la forte concurrence et la multiplication des vendeurs le long des grands axes affectent les revenus de ces petits commerçants, dont l’activité dépend largement des caprices du ciel

Lundi 31 août. Il est 11 h 15 à Bamako. Le soleil est déjà haut dans le ciel. Il darde ses rayons. À proximité de la Cité administrative, Oumar Keïta se tient debout sous un panneau publicitaire métallique qui lui sert d’abri contre la chaleur suffocante en cette période d’hivernage. Un sachet d’eau à la main, il sirote le liquide frais.
Ce vendeur d’imperméables attend son premier client de la journée, qui tarde à se manifester. À notre approche, il croit d’abord avoir affaire à un potentiel acheteur. Sa joie est de courte durée lorsqu’il comprend qu’il reçoit un journaliste. «Je suis ici depuis bientôt deux heures et vous êtes mon premier client», plaisante-t-il. À côté de lui, les vêtements de pluie attendent un éventuel acquéreur.
À Bamako, dès que les nuages assombrissent le ciel et que les premières gouttes annoncent l’orage, le décor change. Pour les motocyclistes et les piétons surpris par les précipitations, les vendeurs d’imperméables deviennent des points de passage presque incontournables. Installés aux abords des marchés, des carrefours et des grands axes, ils profitent de chaque averse pour écouler leurs articles.
Accrochés à des fils, exposés sur des nattes de fortune ou ensachés, les imperméables forment une palette de couleurs qui attire les regards. «Il y en a pour tous les goûts», affirme Oumar Keïta. Selon lui, lorsque le temps menace, les clients n’hésitent pas à se tourner directement vers les commerçants.
Mais lorsque les précipitations tardent à tomber, la situation est tout autre. Les marchands peuvent rester plusieurs heures à scruter les passants, dans l’espoir de réaliser quelques ventes. «Les gens n’achètent pas lorsqu’il fait chaud. Mais dès qu’une forte pluie tombe, ils viennent chercher une solution», explique un autre vendeur, installé non loin du monument Kwame Nkrumah.
Une activité au gré des nuages
Pour ces commerçants, la météo est devenue un véritable indicateur. Une forte averse peut transformer une journée ordinaire en journée rentable, tandis qu’un ciel dégagé signifie souvent plusieurs heures d’attente, parfois bredouilles. «Durant les journées pluvieuses, on vend beaucoup mieux. Quand il ne pleut pas, les clients passent sans s’arrêter», témoigne le vendeur.
Sur les étals, les modèles diffèrent selon la qualité, la taille et la matière. Certains clients, pris par l’urgence, achètent rapidement sans trop discuter. D’autres, habitués à la négociation, prennent le temps de comparer les articles et les tarifs.
Oumar Keïta distingue notamment deux grandes catégories. «Il y a les imperméables simples, sans pantalon, et ceux qui sont accrochés derrière. Ceux-là sont en deux pièces : le haut et le pantalon», montre-t-il.
Des revenus faibles
Sur le marché bamakois, les modèles les plus répandus sont les ensembles deux-pièces destinés notamment aux motocyclistes, les imperméables en plastique bon marché, les modèles pour enfants et les équipements professionnels.
Les prix oscillent généralement entre 2.500 et 10.000 francs CFA selon le modèle et la qualité. Les articles présentés comme plus résistants ou «originaux» peuvent atteindre 7.000 à 10.000 francs CFA, selon Oumar Keïta.
Lorsqu’il a le vent en poupe, le jeune commerçant affirme pouvoir écouler entre sept et neuf pièces en une journée. Il refuse cependant de communiquer ses revenus quotidiens. Ces journées fastes restent étroitement liées aux conditions météorologiques. «Il y a des jours où je peux vendre plusieurs pièces. Mais il y a aussi des journées où je reste longtemps sans vendre», confie-t-il.
Le faible nombre de clients n’est cependant pas le seul problème qui pèse sur les revenus. La concurrence constitue également une difficulté majeure. Selon Oumar Keïta, une simple menace de pluie suffit à faire apparaître de nombreux vendeurs. «Notre espace peut accueillir habituellement une dizaine de vendeurs. Quand les nuages arrivent, chacun veut profiter de l’occasion», explique-t-il.
Cette forte présence transforme parfois les grands axes de Bamako en véritables couloirs de vente improvisés. Les imperméables pendent aux fils ou aux structures de fortune. Le spectacle est coloré, mais derrière cette apparente animation se cache une activité économique fragile.
Pour les acheteurs, cette concurrence peut toutefois être avantageuse. Ils peuvent comparer les modèles, négocier les prix et choisir l’équipement correspondant à leur budget.
Chez les commerçants, chaque client compte donc. Une journée sèche peut s’étirer dans l’attente, tandis qu’une averse soudaine peut provoquer un afflux d’acheteurs en quelques minutes.
À quelques mètres de là, les imperméables continuent de flotter dans le vent chaud de Bamako. Pour ces petits commerçants, l’hivernage ne garantit plus automatiquement de bonnes affaires. Leur chiffre d’affaires se joue désormais au rythme des nuages.
Joseph Amara DEMBELE

