Au Mali, une nouvelle génération d’entrepreneurs mise sur la technologie pour répondre aux difficultés du secteur agricole. Parmi eux, Garden Grid, une plateforme développée autour de l’intelligence artificielle, entend accompagner les producteurs, améliorer le suivi des cultures et faciliter la commercialisation des surplus agricoles. Lors d’une rencontre tenue ce vendredi 28 août, les responsables ont mis en lumière la portée du projet purement malien.
La rencontre s’est déroulée dans le cadre du GREEN DIALOGUE avec comme invitée Rachna Korhonen, Ambassadrice des États-Unis au Mali. Le thème «Leadership, Impact, Innovation», a été l’occasion pour la diplomate américaine d’échanger autour de son parcours, de son expérience et de sa vision en marge de son départ du Mali.
Selon son PDG Moussa Konaté, l’idée part des difficultés des producteurs à écouler leurs surplus, aggravées par les coûts élevés du transport vers Bamako. Garden Grid travaille ainsi à la mise en place d’un système de collecte directement à la source.
L’objectif est d’acheter les productions auprès des cultivateurs avant de les acheminer vers les consommateurs à des prix plus accessibles.

Le dispositif, encore en phase de test, ambitionne notamment de réduire les intermédiaires et de favoriser la consommation de produits locaux. «Nous allons directement aller prendre les légumes à la source», explique Younouss koly Kanté, directeur technique et développeur full stack de Garden Grid. À terme, la plateforme souhaite ainsi contribuer à rapprocher producteurs et consommateurs, tout en valorisant les produits agricoles maliens.
Au-delà de la commercialisation, Garden Grid mise surtout sur l’intelligence artificielle pour accompagner les agriculteurs. Sa plateforme intègre une IA baptisée «Timbuktu», conçue pour intervenir dans le suivi des jardins et des cultures.
Le système peut fonctionner avec un ensemble de capteurs mesurant notamment la température, l’humidité et la luminosité, auxquels s’ajoutent des caméras. Ces outils permettent de surveiller l’évolution des plantes et de détecter certaines anomalies ou maladies. L’utilisateur reçoit alors des alertes et des recommandations directement sur la plateforme.
L’intelligence artificielle peut également analyser des images du jardin et fournir des indications sur l’état des cultures. Dans la version gratuite, l’utilisateur peut lui-même prendre régulièrement des photos de son jardin afin de permettre à l’IA d’effectuer son analyse. Les formules payantes permettent, elles, d’intégrer davantage de fonctionnalités et notamment les kits de capteurs.
L’ambition va encore plus loin. Selon Younouss koly Kanté, l’IA peut assurer une partie du suivi à distance et alerter l’utilisateur lorsqu’une intervention humaine devient nécessaire. Le producteur peut ainsi surveiller son exploitation sans être constamment présent sur le terrain.

Une place de marché agricole
Garden Grid veut également créer une véritable place de marché B2B destinée à connecter les producteurs et les entreprises. Un cultivateur disposant d’un surplus de tomates, par exemple, pourra être informé qu’une entreprise située à proximité recherche précisément cette production.
La plateforme identifie les besoins, met les acteurs en relation et assure le suivi de la transaction, y compris les paiements et les commissions. Le système doit également permettre à plusieurs producteurs de se regrouper lorsqu’une commande dépasse les capacités d’un seul exploitant.
Ainsi, si une entreprise recherche 300 kilos de tomates, plusieurs producteurs d’une même zone pourront constituer une communauté pour répondre collectivement à la demande. Garden Grid entend ainsi transformer les surplus agricoles en opportunités de revenus.
À cette activité s’ajoute une Marketplace où les utilisateurs peuvent acheter les équipements et produits nécessaires à leurs jardins.
La plateforme est accessible gratuitement pour la création d’un jardin, tandis que les fonctionnalités avancées et les kits technologiques sont proposés à travers des abonnements.
Avec ce modèle, Garden Grid cherche à construire un écosystème où production, intelligence artificielle, commercialisation et livraison sont réunies sur une même plateforme. Une approche qui traduit la volonté d’une nouvelle génération d’entrepreneurs maliens de faire de la technologie un levier de modernisation de l’agriculture et de promotion du «consommer local».
Joseph Amara dembélé/KD

