Diriger une fédération sportive ne relève ni du symbole ni du prestige individuel.
Il s’agit d’une fonction stratégique et complexe, qui dépasse largement le cadre sportif.
Une fédération est à la fois une institution, un acteur de service public, un interlocuteur de l’État, un gestionnaire de ressources rares et un arbitre de tensions permanentes.
Dans ce contexte, le rôle du dirigeant est d’abord d’assurer la stabilité, la continuité et la crédibilité de l’institution.
Cela suppose des compétences avérées, une présence effective, un leadership affirmé, ainsi qu’une capacité à gérer, souvent en temps réel, les crises, à dialoguer avec une pluralité d’acteurs (ligues, clubs, arbitres, autorités, partenaires, médias) et à rendre compte de ses décisions.
Cette exigence est d’autant plus forte dans des environnements où les équilibres sont fragiles et les marges d’erreur limitées.
La contribution des anciens footballeurs au développement du football national, y compris dans la réflexion sur la gouvernance, demeure indispensable.
Ils constituent une richesse majeure pour le football : leur expérience du haut niveau, leur connaissance du jeu, du vestiaire et des exigences internationales sont essentielles à la formation, à l’encadrement, à la transmission et à la projection du football vers l’extérieur.
Cependant, il est essentiel de distinguer clairement les fonctions techniques des responsabilités institutionnelles.
La technique relève du jeu, de la performance, de la formation, de l’encadrement et de la transmission du savoir sportif. Elle mobilise naturellement l’expérience des anciens footballeurs, dont la connaissance du terrain, du vestiaire et du haut niveau constitue un atout majeur.
L’institutionnel, en revanche, renvoie à la gouvernance, au pilotage stratégique, à la gestion financière, aux relations avec l’État, aux ligues, aux clubs, aux partenaires et aux instances internationales. Il implique des compétences managériales, juridiques, organisationnelles et politiques, ainsi qu’une capacité à arbitrer des intérêts parfois divergents dans un cadre de responsabilité et de redevabilité.
Confondre ces deux registres fragilise l’institution. Les articuler intelligemment, en revanche, permet de valoriser pleinement l’expertise technique des anciens footballeurs tout en garantissant une gouvernance stable, crédible et efficace.
Toutefois, être un ancien footballeur, même au plus haut niveau, ne prépare pas automatiquement à la gestion d’une institution.
Le management, la gouvernance, la négociation, la gestion financière et la conduite d’organisations complexes sont des compétences spécifiques, qui s’acquièrent dans le temps et par la pratique.
Dans plusieurs pays, cette transition a été pensée de manière progressive : intégration dans les staffs techniques, implication dans les projets fédéraux, création ou accompagnement de centres de formation, retour durable au pays et immersion dans les réalités locales.
Ces trajectoires permettent de passer de la transmission au management, puis éventuellement à la gouvernance, sur des bases solides.
Au Mali, de nombreux anciens footballeurs sont déjà engagés dans la transmission et l’encadrement.
Cette dynamique est positive et doit être encouragée.
En revanche, le passage structuré de la transmission au management reste encore insuffisamment organisé. Il faudra franchir ce cap : comprendre les enjeux et défis réels de notre football actuel intégrer la gouvernance des clubs locaux, des ligues et des compétitions, et maîtriser les exigences de pilotage et de performance.
La question n’est donc pas de savoir si un ancien footballeur doit ou non être à la tête de la fédération.
Elle est de reconnaître que la fonction de dirigeant, surtout dans des contextes comme le Mali, exige une préparation spécifique, une présence effective et une responsabilité pleinement assumée.
Renforcer durablement le football passe par une gouvernance exigeante, inclusive et structurée, où chacun trouve sa place selon ses compétences, et où l’expérience du terrain devient un levier au service de l’institution.
Enfin, il est indispensable d’être en phase avec les réalités d’un football désormais mondialisé : le footballeur malien évolue dans un univers de concurrence globale, où les standards de formation, de performance et d’organisation se comparent directement aux meilleures références internationales.
Par Mahamet TRAORÉ
Expert en communication
Analyste et Consultant Football.


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