Microfinance : le Sénégal s’impose comme le poids lourd de l’UEMOA

Le Sénégal confirme sa domination dans la microfinance et la monnaie électronique au sein de l’UEMOA. Au 31 décembre 2025, le pays concentre 26,5% des actifs de la microfinance de l’Union, soit 1.234,3 milliards de FCFA, selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l’UEMOA.

Dakar devance de peu la Côte d’Ivoire, qui affiche 1.226,7 milliards de FCFA, soit 26,3% des actifs régionaux. Le Burkina Faso arrive en troisième position avec 889,4 milliards de FCFA, représentant 19,1%. À eux trois, ces marchés concentrent 71,9% des actifs détenus par les institutions de microfinance de grande taille de l’Union.

Cette position de leader s’explique également par l’importance du réseau sénégalais. Le pays compte 81 structures de microfinance de grande taille, dont 7 sociétés et 74 institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit. Il s’agit du nombre le plus élevé de l’UEMOA, devant le Burkina Faso (50), le Togo (47) et la Côte d’Ivoire (43).

Le Sénégal affiche également une progression notable du nombre de comptes détenus auprès des institutions de microfinance. Sur les 14,66 millions de comptes recensés dans l’UEMOA à fin 2025, le pays en concentre 2,28 millions, soit 15,5 % du total régional. Ce nombre a progressé de 15,2 % en un an, contre une hausse régionale de 2,7%.

Dakar domine aussi le mobile money

Le leadership sénégalais dépasse désormais le seul secteur de la microfinance. Le pays occupe également la première place sur le marché de la monnaie électronique.

Dans l’ensemble de l’UEMOA, l’encours de la monnaie électronique émise par les établissements concernés a atteint 1.923,2 milliards de FCFA à fin décembre 2025, contre 1.422,6 milliards un an plus tôt, soit une progression de 35,2%.

Le Sénégal représente à lui seul 29,7% de cet encours, devant le Burkina Faso (25,9%), la Côte d’Ivoire (23,5%) et le Bénin (10,2%). Ces avoirs sont couverts par les fonds cantonnés par les établissements de monnaie électronique dans les comptes ouverts auprès des banques de l’UMOA.

L’usage de la monnaie électronique poursuit parallèlement son expansion. Le nombre de comptes ouverts auprès des établissements de monnaie électronique est passé de 154,6 millions à fin 2024 à 172,9 millions à fin 2025, soit une hausse de 11,9%.

Parmi eux, 60,6 millions étaient actifs, représentant 35,1% des comptes ouverts, contre 54 millions en 2024. Le nombre de comptes actifs a ainsi progressé de 12% sur un an. À l’inverse, les comptes inactifs ont atteint 112,3 millions, soit 64,9% du total, en hausse de 11,8%.

Fort de cette position, l’État sénégalais entend désormais transformer la puissance de son secteur financier de proximité en un véritable levier de développement économique.

Cette ambition repose notamment sur une lettre de politique sectorielle, le Pacte pour l’inclusion financière universelle (PACTIFU) et une stratégie de financement ciblée (SFC), qui place les institutions de microfinance au cœur du dispositif de financement public.

L’objectif est de mobiliser plus de 683 milliards de FCFA entre 2025 et 2029, grâce à une mutualisation des ressources de l’État et des IMF. Ces financements doivent prioritairement bénéficier aux acteurs de l’économie de base : TPE, MPME, agriculture, pêche, élevage et artisanat.

Pour accompagner cette dynamique, le Fonds d’Impulsion de la Microfinance doit renforcer l’encadrement des bénéficiaires et soutenir les IMF dans l’amélioration de leur gouvernance, la protection des usagers et le suivi des financements.

À travers cette stratégie, le Sénégal cherche donc à aller au-delà des performances statistiques. L’enjeu est de faire de la microfinance et du mobile money des instruments de souveraineté économique, capables de rapprocher les financements des populations, de soutenir les petites entreprises, de créer des emplois et de contribuer à la réduction de la pauvreté.

Dans la perspective de l’Agenda Sénégal 2050, Dakar entend ainsi capitaliser sur son leadership régional pour faire de l’inclusion financière un moteur durable de transformation de l’économie.

Joseph Amara DEMBELE

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