Réunis ce 13 octobre 2026 à l’hôtel Maeva Palace, les régulateurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont appelé à renforcer leur coopération face aux dérives du numérique. Au-delà de la lutte contre la désinformation et les discours de haine, le Forum de Bamako a mis en avant la valorisation et la monétisation des contenus locaux comme des enjeux majeurs pour les médias et les créateurs sahéliens.
Trois ans après son lancement, le Forum de Bamako sur le numérique et la cohésion sociale envisage de passer des échanges aux actions concrètes. Organisée avec la Haute Autorité de la communication (HAC), l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC), Search for Common Ground, Meta et d’autres partenaires, cette édition met l’accent sur les réponses collectives aux risques numériques. Le thème retenu est : «Enjeux de la gouvernance du numérique et cohésion sociale : regards du Sahel sur les avancées, les défis et les perspectives».

La rencontre a rassemblé les autorités de régulation, les plateformes numériques, les médias, la société civile et le monde universitaire autour du bilan des avancées et des nouvelles priorités. L’objectif est de dégager des actions concrètes, de consolider les acquis et de renforcer la coopération entre les différents acteurs.
Pour le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) du Mali Gaoussou Coulibaly, les initiatives engagées à Abidjan en 2024 et à Praia en 2025, suivies de l’élaboration d’un guide pratique en 2026, ont contribué à structurer le dialogue avec les plateformes et à définir des orientations pour protéger les utilisateurs.

Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), le rapprochement entre les régulateurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger ouvre également de nouvelles perspectives. Une plateforme de coopération créée le 18 juillet 2026 à Niamey doit notamment favoriser les échanges réguliers, le partage d’expériences et la coordination des réponses. Au-delà de la régulation, le forum a soulevé une question importante pour les médias, les créateurs de contenus et les acteurs culturels sahéliens : leur place dans l’économie numérique.
Gaoussou Coulibaly a particulièrement insisté sur la nécessité d’engager un dialogue avec Meta autour de la valorisation et de la monétisation des productions locales. Les contenus réalisés dans l’espace AES véhiculent les réalités, les valeurs et la diversité culturelle des populations, mais leur visibilité sur les plateformes reste un enjeu majeur.

La prise en compte des langues nationales dans les algorithmes de référencement, de recommandation, de modération et de monétisation constitue ainsi une priorité. Pour lui, la diversité linguistique ne doit pas empêcher les productions locales d’accéder aux opportunités économiques offertes par le numérique. De son côté, le directeur pays de Search for Common Ground au Mali M’bara Adiawiakoye soutient que le numérique ne doit pas être considéré uniquement comme une source de risques. Il affirme que l’outil peut aussi servir à recréer le dialogue, prévenir les conflits et renforcer la cohésion sociale, à condition d’impliquer les communautés, les jeunes, les femmes, les médias et les institutions.
Les travaux de cette édition se sont articulés autour de quatre axes dont les risques persistants et émergents, les réponses citoyennes et communautaires, les évolutions réglementaires dans l’espace AES et la définition des prochaines priorités.
Joseph Amara Dembélé

