Alors que la production alimentaire mondiale dépasse les besoins théoriques de la population, 266 millions de personnes souffrent de faim aiguë. Réunis à Rome, les responsables de l’ONU appellent à lutter contre les inégalités, les conflits et les effets du changement climatique pour garantir le droit à l’alimentation.
Le monde produit suffisamment de nourriture pour tous, mais des millions de personnes continuent de souffrir de la faim. À l’ouverture, hier lundi 19 octobre 2026 à Rome, de la 54e session du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à transformer le droit à l’alimentation en une réalité pour chaque être humain.
«Ce soir, une personne sur douze se couchera en ayant faim», a-t-il averti dans un message vidéo adressé aux participants. Selon lui, les conflits, les dérèglements climatiques et la hausse des coûts alimentaires fragilisent les systèmes alimentaires et rendent les produits de première nécessité inaccessibles à des millions de personnes.

Le chef de l’ONU a également alerté sur les risques liés à un épisode particulièrement intense du phénomène climatique El Niño. Celui-ci pourrait aggraver les difficultés d’approvisionnement, notamment dans les pays en développement. Il a appelé à préserver les chaînes d’approvisionnement en denrées alimentaires et en engrais, tout en soulignant l’importance de la paix et de la coopération internationale.
Des inégalités persistantes
Pour le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, la persistance de la faim dans un monde capable de produire suffisamment de nourriture constitue une tragédie évitable. L’offre alimentaire mondiale dépasse désormais 3.000 calories par personne et par jour. Pourtant, plus d’un quart de l’humanité peine à accéder à une alimentation suffisante ou de qualité adéquate.

Les inégalités dans la répartition des ressources et le gaspillage aggravent cette situation. Selon Volker Türk, les ménages jettent chaque jour plus d’un milliard de repas, tandis que 1% des exploitations agricoles contrôlent plus de 70% des terres agricoles mondiales.
Les femmes agricultrices, les peuples autochtones, les petits producteurs, les pêcheurs et les éleveurs restent également confrontés à des difficultés d’accès à la terre, à l’eau, aux semences et aux soutiens publics. Le Haut-Commissaire plaide ainsi pour une protection sociale renforcée et des politiques agricoles capables de réduire la pauvreté.
La faim comme arme de guerre

La situation est particulièrement préoccupante dans les zones de conflit. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Sofía Monsalve Suárez, a alerté sur l’aggravation de la faim aiguë et l’utilisation délibérée de la privation de nourriture comme arme de guerre.
Au total, 266 millions de personnes sont touchées par la faim aiguë, notamment au Soudan, au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo, au Yémen et dans la bande de Gaza. Dans six pays, les populations font face à des conditions alimentaires catastrophiques. Quelque 1,4 million de personnes n’ont plus aucun moyen de se procurer de la nourriture, soit neuf fois plus qu’en 2016.

Les conflits, les déplacements de population, les restrictions imposées à l’aide humanitaire et les attaques contre les travailleurs humanitaires contribuent à aggraver les crises. À ces facteurs s’ajoutent des fragilités structurelles, notamment la dépendance aux importations, les monocultures industrielles et la surexploitation des ressources naturelles.
Face à cette situation, les responsables onusiens appellent à renforcer les mécanismes d’alerte précoce, la prévention des famines et la responsabilisation des auteurs de violations. Ils insistent également sur la nécessité de placer les communautés touchées au centre des réponses.
Joseph Amara Dembélé

