Centre Dakan : un système d’inclusion en péril à Koumantou

Le centre Dakan est un atelier multifonctionnel et d’apprentissage de l’Association des personnes handicapées de la commune rurale de Koumantou à 237 km de Bamako, dans la région de Bougouni. Créé en 2001 pour lutter contre l’exclusion et promouvoir l’épanouissement des personnes vivant avec un handicap, ce centre voit aujourd’hui 25 années d’efforts d’inclusion régresser, faute de ressources suffisantes pour résister à l’épreuve du temps.

Assise sur sa moto tricycle, le regard chargé de souvenirs, Fanta KONÉ observe en silence ce que fut autrefois le centre Dakan. Privée de ses deux pieds mais jamais de sa détermination, cette femme engagée incarne à elle seule la lutte pour l’inclusion des personnes vivant avec un handicap à Koumantou. Aujourd’hui, cependant, l’espoir qu’elle portait avec tant d’autres semble vaciller, faute de moyens et de soutien durable.

Les peintures du centre Dakan sont en ruine, l’atelier de teinture est à l’arrêt et les métiers à tisser ne tournent plus. Un triste visage pour un centre autrefois promoteur de l’inclusion sociale et du développement local.

Le système d’inclusion de Dakan

Depuis sa création et durant plusieurs années, le centre multifonctionnel Dakan fondé par l’association Dakan (une association des personnes vivant avec un handicap), a rassemblé plus d’une centaine de personnes vivant avec handicap autour de divers métiers. La teinture, le tissage, la fabrication de savon, la production de beurre de karité ainsi qu’un programme d’alphabétisation faisaient partie des activités qui animaient la vie du centre. Cependant, le manque de suivi et de financement compromet la pérennité de ces actions ces dernières années. « Nous faisions beaucoup d’activités ici, et même des personnes sans handicap venaient se former chez nous. Aujourd’hui, la gestion n’est pas facile. Nous menons de petites activités, mais nous manquons de matières premières et de matériel pour faire fonctionner le centre comme avant », explique Fanta Koné, la présidente de l’Association des personnes handicapées de Koumantou.

Une politique d’épanouissement

« Dakan », nom du centre signifiant littéralement destin, est un espace autrefois viable, devenu aujourd’hui une source de nostalgie pour la population de Koumantou. Il demeure le seul lieu où sourds-muets, aveugles, personnes handicapées physiques et mentales travaillaient et apprenaient ensemble. Ce nom et cette vision traduisent à la fois les limites imposées par le « destin » et l’engagement personnel en faveur du progrès social.

Aminata est sourde. Elle est bénéficiaire de la formation du centre, sait compter, écrire et effectuer des opérations de calculs simples. Ses gestes sont traduits par son jeune frère :« Je sais écrire, voici : 1, 2, 3. 1 + 2, nous l’avons appris au centre Dakan. »

Comme Aninata, le centre a formé 150 personnes en situation d’handicap et non en handicap à travers la commune de Koumantou capable d’exercer les métiers de tissage, la teinture, fabrication du savon et la beurre de karité.

Les ateliers de Dakan accueillaient également des personnes non handicapées afin de favoriser la cohabitation, l’inclusion et l’épanouissement collectif. Une politique claire, selon la présidente du centre : « Le but de notre centre est avant tout l’inclusion sociale, mais aussi et surtout que nous, personnes handicapées, ne soyons pas dépendantes des autres », précise Fanta Koné.

Redynamiser le centre

Après 25 ans d’existence, le centre Dakan a bénéficié du soutien de plusieurs organisations nationales et internationales dont l’union européenne, notamment des formations et de financements, selon sa présidente. Toutefois, les difficultés liées à la gestion et au suivi ont toujours constitué un frein majeur pour ce centre autrefois performant. Un accompagnement continu est indispensable pour renforcer les capacités des membres et assurer la durabilité des activités. Selon la présidente de l’association détentrice du centre des soutiens que le centre bénéficiait sont en arrêt, plus de partenaire sûr pour appuyer le centre à tenir comme avant. « Notre fonctionnement était beaucoup soutenu par des ONG et souvent par d’autres organisations internationales qui n’y sont plus », a regretté la présidente Fanta. L’accompagnement des autorités locales reste encore insuffisant, notamment en ce qui concerne l’engagement à long terme dans la gestion et le perfectionnement du centre. La mairie et la chefferie du village de Koumantou ont néanmoins mis à disposition le site qui abrite le centre.
« La mairie nous aide parfois, on peut même dire beaucoup, mais nous avons besoin d’un soutien constant et surtout de matériel de travail », plaide la présidente Fanta Koné.

« Le centre Dakan est très important pour le développement local de notre commune. De notre côté, nous leur apportons le soutien financier nécessaire dans la limite de nos moyens, notamment lors de la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées », a déclaré Sidy S. Coulibaly, le maire de la commune rurale de Koumantou. 

Aujourd’hui, Koumantou est un cercle administratif comptant de nombreux jeunes et des personnes vivant avec un handicap qui pourraient bénéficier du centre Dakan pour s’épanouir pleinement. Les métiers à tisser doivent reprendre, la teinture retrouver ses couleurs et l’école renaître à Dakan, ce lieu qui demeure un souvenir vivant dans la mémoire des Koumantois après de longues années de service.

Dakan, “le destin”, attend aujourd’hui que l’on croie de nouveau en lui. Car sans soutien, l’inclusion s’essouffle ; mais avec engagement, elle peut encore transformer des vies à Koumantou et au-delà.

Aboubacar SANGARÉ

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