L’Afrique doit rompre avec sa dépendance aux mécanismes de gestion de la dette conçus à l’extérieur du continent et construire ses propres institutions financières, a plaidé mardi la directrice exécutive du Forum et Réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD), Janet Zhou.
S’exprimant à l’ouverture de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement, à Nairobi, elle a estimé que les mécanismes actuels de restructuration de la dette, les systèmes de notation financière et les conditionnalités de prêt ne répondent pas suffisamment aux réalités et aux besoins de développement de l’Afrique.
«Depuis trop longtemps, l’Afrique gère sa crise de la dette à l’aide d’outils conçus ailleurs», a-t-elle déclaré, appelant les pays africains à s’appuyer sur la Position commune africaine sur la dette, adoptée en février par les chefs d’État de l’Union africaine, pour construire leurs propres mécanismes de financement et de gestion de la dette.
Pour Janet Zhou, l’enjeu ne consiste pas seulement à obtenir une meilleure représentation de l’Afrique au sein des institutions financières internationales. « Nous ne cherchons pas une meilleure place à la table de quelqu’un d’autre », a-t-elle affirmé, plaidant pour des solutions conçues et pilotées par les Africains.

Elle a notamment cité l’Institut monétaire africain, le Mécanisme africain de stabilité financière et l’Agence africaine de notation de crédit comme des piliers possibles d’une architecture financière continentale. Ces structures doivent, selon elle, dépasser le stade des engagements politiques et devenir des institutions pleinement opérationnelles.
La responsable d’AFRODAD a également insisté sur les conséquences sociales de l’endettement. Le poids du service de la dette peut réduire les marges budgétaires des États et limiter leurs capacités à financer la santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable et la protection sociale. Elle a appelé à placer les jeunes, les femmes et les groupes marginalisés au cœur des politiques de justice en matière de dette.

La conférence de Nairobi, qui se poursuit jusqu’au 28 août, réunit des responsables publics, parlementaires, chercheurs, organisations de la société civile, syndicats et représentants de la jeunesse. Les participants examinent notamment la mise en œuvre de la Position commune africaine sur la dette, la création d’une Convention-cadre des Nations unies sur la dette souveraine, la fiscalité, le suivi de la dette publique et l’utilisation de l’intelligence artificielle.
La rencontre doit s’achever par l’adoption d’un document d’engagement de la société civile sur la Position commune africaine sur la dette. Pour Janet Zhou, le succès de la conférence devra toutefois se mesurer aux actions engagées après le retour des délégués dans leurs pays, et non au nombre de résolutions adoptées.

