Dette africaine : à Nairobi, les dirigeants appellent à une nouvelle architecture financière

Les acteurs africains de la justice économique ont appelé mardi à une réforme profonde de l’architecture financière mondiale et à une action collective du continent face à la crise de la dette. Ils s’exprimaient à l’ouverture de la sixième Conférence africaine annuelle sur la dette et le développement (AfCoDD VI), organisée à Nairobi du 25 au 28 août 2026.

La présidente du conseil d’administration d’AFRODAD, Barbara Kalima-Phiri, a appelé les pays africains à passer du statut de simples bénéficiaires des règles financières mondiales à celui d’acteurs capables de les définir. Elle a notamment défendu la mise en œuvre de la Position africaine commune sur la dette, adoptée par les chefs d’État de l’Union africaine en février 2026.

Selon elle, la dette publique africaine a augmenté de 170 % au cours de la dernière décennie. Les pays du continent empruntent aujourd’hui à des taux proches de 10 %, contre moins de 3 % pour les États-Unis et des taux encore plus faibles dans la zone euro. Elle a également indiqué que 27 pays africains consacrent plus de 10 % de leurs recettes nationales au paiement des intérêts de la dette.

Cette situation pèse directement sur les dépenses sociales. Selon les chiffres présentés à la conférence, 791 millions d’Africains vivent dans des pays où les gouvernements consacrent davantage de ressources au paiement des intérêts qu’aux investissements dans la santé et l’éducation. L’Afrique ne dispose par ailleurs que de 6,5 % des droits de vote au Fonds monétaire international, alors que les pays africains représentent près de la moitié des prêts accordés par l’institution depuis le début du siècle.

Barbara Kalima-Phiri estime que la Position africaine commune doit devenir un véritable instrument de négociation. Elle a appelé au renforcement de plusieurs institutions prévues dans ce cadre, notamment l’Institut monétaire africain, le mécanisme de solidarité financière, l’Agence africaine de notation de crédit et le Mécanisme africain de suivi de la dette. Elle a également salué la création d’un Club des emprunteurs, destiné à coordonner les stratégies des pays africains lors des négociations sur leur dette.

La directrice exécutive de l’Institut pour la responsabilité sociale, Diana Gichengo, a, de son côté, appelé à une plus grande implication de la société civile dans les décisions économiques et financières. Elle a cité le cas du Kenya, où le service de la dette dépasse 64 % des recettes nationales. Pour elle, une dette ne peut être considérée comme soutenable lorsque son remboursement prive les populations de services essentiels.

Gichengo a également plaidé pour une réforme des mécanismes d’évaluation du risque souverain et de notation de la dette. Elle a dénoncé la « prime africaine » qui, selon elle, conduit les pays du continent à payer des taux d’intérêt élevés malgré leurs ressources naturelles et leurs perspectives démographiques.

Les participants ont ainsi appelé les États africains à renforcer leur pouvoir de négociation, à développer des institutions financières dirigées par des Africains et à concevoir des modèles de développement adaptés aux réalités du continent. La conférence AfCoDD VI doit déboucher sur des recommandations concrètes pour la mise en œuvre de la Position africaine commune sur la dette et le renforcement de la souveraineté financière de l’Afrique.

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