Koutiala, surnommée la «capitale de l’or blanc», est le poumon agricole du Mali grâce à sa domination historique dans la production et la transformation industrielle du coton. Cette dynamique soutient également une forte production céréalière (maïs, mil, sorgho) et maraîchère, contribuant à la sécurité alimentaire de la région et du pays.
Mais derrière cette vitalité agricole se cache une réalité plus fragile. Le changement climatique s’impose progressivement comme une menace silencieuse, perturbant les cycles agricoles et bouleversant les repères des populations rurales.
Dans ce contexte, les radios communautaires apparaissent comme des acteurs incontournables. Elles informent, expliquent et accompagnent les habitants face à des phénomènes de plus en plus complexes, en traduisant le langage scientifique en réalités accessibles.
Songuela, au rythme d’un climat déréglé
Dans ce village situé à une vingtaine de kilomètres du cercle de M’Pessoba, dans la région de Koutiala. Ici, le changement climatique ne se lit pas dans les rapports, il se vit au quotidien.
les saisons ne suivent plus leur cours habituel. Les habitants parlent de pluies tardives, de périodes de sécheresse prolongées, d’une chaleur plus intense et de récoltes fragilisées. <<Avant, on connaissait bien les saisons. On savait quand semer. Aujourd’hui, tout a changé. Parfois la pluie tarde, parfois elle détruit les champs», témoigne Têzanga Sogoba, producteur de coton. Ces constats traduisent une réalité bien perceptible, mais encore difficile à expliquer scientifiquement pour beaucoup. D’où l’importance d’un travail de compréhension avant même la sensibilisation.
La radio, un outil accessible et proche des réalités
Dans les zones rurales autour de Koutiala, la radio reste le média le plus accessible. Elle ne nécessite ni connexion internet ni équipement sophistiqué. <<Même ceux qui ne savent pas lire peuvent comprendre. La radio, c’est la voix de tout le monde», explique Nana Samakė, journaliste à la Radio Klédu. Grâce aux langues locales, les émissions rendent les informations compréhensibles et ancrées dans le quotidien. Les phénomènes climatiques sont expliqués à partir d’exemples concrets. «Quand on parle de changement climatique à la radio, on évoque des choses concrètes: les pluies qui arrivent en retard, la chaleur qui augmente, les récoltes qui diminuent», précise-t-elle.
Pour Fati Yattara, journaliste à Studio Tamani, la radio joue un rôle de passerelle: <<Elle permet de relier les vécus des populations aux explications des experts et d’apporter des réponses adaptées,>>
Traduire la science en solutions concrètes
Les spécialistes confirment l’importance de ce travail de vulgarisation. Bakary Mangané, chef de prévision à Mali-Météo, souligne que «les populations vivent déjà les effets du climat, mais elles n’ont pas toujours les explications scientifiques». Selon lui, la radio permet de transformer des données complexes en conseils pratiques directement utiles aux agriculteurs.
S’adapter au quotidien
Face aux bouleversements climatiques, les habitants de Songuela développent des stratégies d’adaptation. Aminata Coulibaly, maraîchère, explique: <<La chaleur est devenue plus forte et l’eau est difficile à gérer. Certaines cultures ne résistent plus comme avant.» Pour y faire face, des solutions locales émergent: <<Lorsqu’il y a de fortes pluies, nous stockons l’eau dans des mares aménagées. Ensuite, elle est utilisée pendant la saison sèche pour arroser les cultures.>> Ces solutions, selon elles lui ont été relayées par la radio, pour renforcer leurs capacités d’adaptation face aux dérèglements climatiques.
Quand la radio devient un espace d’expression
La radio ne se limite pas à informer, elle crée aussi un dialogue. Les auditeurs participent activement aux émissions. «Après certaines émissions, les auditeurs nous appellent pour dire qu’ils ont changé leurs pratiques ou qu’ils comprennent mieux les phénomènes climatiques», confie Yacouba Dembélé, journaliste à Coton FM à Koutiala.
Mais au-delà des retours, les populations interpellent aussi les décideurs. «Nous faisons des efforts pour nous adapter, mais que font les autorités pour nous aider à construire des systèmes d’irrigation ou nous dédommager en cas de catastrophe ?>>
D’autres s’interrogent à une échelle plus globale. <<Est-ce que les grandes entreprises qui polluent sont au courant de ce que nous vivons ici dans nos champs ?>> Ces prises de parole montrent que la radio est devenue un espace citoyen.
Un outil de transformation, malgré les défis
Au fil des émissions, les comportements évoluent. «Certains auditeurs disent qu’ils ont essayé de nouvelles techniques comme le reboisement ou la gestion de l’eau», souligne Yacouba Dembélé.
Cependant, les radios communautaires font face à des défis importants manque de moyens, besoin de formation et difficulté à vulgariser certaines données scientifiques.
Une réalité qui impose d’agir
Les impacts du changement climatique ne sont pas théoriques. Ils se traduisent par des catastrophes bien réelles. Les inondations de 2024 ont causé la mort de 150 personnes et affecté près de 90.000 sinistrés, selon le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes. En 2025, avec l’appui de World Vision, en collaboration avec les services techniques et la Direction nationale du développement social de Koutiala, 1 072 ménages sinistrés ont bénéficié d’une assistance, allant de dons en nature à des aides financières. Ces chiffres rappellent l’urgence d’agir.
Un pont entre science et vécu
À Koutiala comme à Songuela, la radio ne se limite pas à informer. Elle explique, relie et accompagne. Dans un environnement où les repères climatiques disparaissent, elle devient un pont essentiel entre la science et le vécu quotidien.
Emilie DIARRA


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