L’usage des produits aphrodisiaques :  Quand la quête de plaisir entraîne des maladies cardiovasculaires

L’infarctus, les infections des parties génitales, hémorroïdes, les maladies sexuellement transmissibles, les dysfonctionnement érectiles. Tels sont les dangers auxquels sont exposés les utilisateurs des érotiques

Depuis des semaines, Hawoye est affreusement inquiète. Elle affiche un visage souriant, une démarche attirante mais au fond, la jeune dame est entièrement déboussolée à cause d’un produit qui lui a donné une infection vaginale. 

«Je voulais un produit pour une vie conjugale plus épanouie car je souffre des séquelles de l’excision mal faite», nous confie Hawoye. Elle se souvient encore de ce jour où une vendeuse lui a proposé une petite boîte emplie de boules minuscules. Et pour ne rien arranger, la notice n’était même pas lisible. Afin d’appâter hawoye, elle lui avait fait miroiter que c’était pour pimenter les rapports sexuels. «Quelques jours plus tard mon calvaire a commencé, j’ai des démangeaisons au niveau de l’utérus et il y a des plaies dans ma bouche. C’est pourquoi je ne peux pas manger de salé ni d’épicé». Elle est allée voir un gynéco qui lui a confirmé que c’était une infection. Depuis lors «je suis sous traitement et on dirait que ça s’aggrave. Une fois guérie, je ne vais plus prendre les produits chimiques, je me contenterais des plantes naturelles», regrette-t-elle.

La sexualité est un sujet tabou dans la société malienne. Faute de conseil autour du sujet, plusieurs personnes font recours aux produits aphrodisiaques mais aussi pour garder la barre haut auprès de leurs conjoints. «Plusieurs facteurs nous font recourir à ces médicaments. Primo il y en a qui se masturbent. Ce qui joue sur leur santé sexuelle et surtout notre génération qui est sans repère. Certaines jeunes filles boivent du Vody (une boisson énergisante ndlr). Elles sont difficiles à satisfaire et nous sommes obligés de nous épauler avec les viagras, petit cola etc, de peur d’être taxé d’impuissant», confie Moussa Coulibaly, en servant le Thé à ses amis du grin.

Produits 100% naturels

Connu sous le nom «Galerie des femmes» sur les réseaux sociaux, ce monsieur de la vingtaine a eu de la cote auprès des jeunes filles et femmes grâce aux produits érotiques qu’il commercialise. Selon lui, il existe des produits 100% naturels comme le «Nep nep», ( Bouana en Bambara)  qui est très utile pour booster l’envie sexuelle et traiter les infections chez les femmes. Au-delà il y a le « Timi timiba » qui aide à pimenter les rapports intimes ainsi que d’autres plantes capables de remédier aux odeurs vaginales.

A part nos plantes traditionnelles, plusieurs des produits supposés épanouir les intimités viennent de l’extérieur. «Tous les produits érotiques exportés nous exposent à des dangers. Raison pour laquelle je ne garantis point leur efficacité à mes clients», avoue le vendeur Galerie des femmes. Il ajoute que son rôle est de leur proposer les qualités qu’elles recherchent. Il y en aussi qui veulent de la qualité à vil prix, ce qui est impossible. «Donc je leur soumets les moins chers tout en signalant leurs risques», prévient- il.   

Quatre-vingt-dix pourcents de la clientèle de «Galerie des femmes» sont des femmes qui cherchent à renforcer l’équilibre dans leurs foyers, surtout dans le contexte de la polygamie. Une situation qui rend Jamilla perplexe. «Penser que l’on ne peut retenir les hommes que grâce au lit, quitte à contracter des maladies de la part des femmes est décevant. Car il y a plusieurs manières de retenir un homme», affirme-t-elle.

Parmi elles, des jeunes filles qui cherchent à se serrer pour maintenir l’équilibre dans leur concubinage. Un détail qui choque coach Rose, de son vrai nom Rokia Diakité, conseillère conjugale, juge que l’usage des produits érotiques ne concerne que les femmes mariées et mères de familles. «C’est regrettable de voir une jeune fille recourir à ces pratiques», lance-t-elle.

Vente clandestine

Les produits aphrodisiaques contenant des substances chimiques sont présentés sur le marché comme 100 % naturels. Des investigations conduites par le laboratoire national de la santé ont mis en lumière la présence de sildénafil et tadalafil (médicaments sur ordonnance). Malgré l’interdiction à la date du 8 octobre 2024, La vente clandestine de ces produits bat son plein. «Ce business est rémunérateur, il n’y a pas de perte», confie un vendeur sous anonymat devant son étal. Il assure que ce sont les hommes qui viennent acheter chez lui. Après une longue journée de travail, s’ils rentrent épuisés, il y a de fortes chances qu’ils ne soient pas à la hauteur au lit. Ce qui peut engendrer des fictions dans les couples.  

D’après Dr Mamadou Saidou Bah, nutritionniste-Epidémiologiste, les bouillons cubes, en tant qu’agents exhausteurs de goût, répondent principalement à l’aspect gustatif, mais n’apportent pas une réelle amélioration de la qualité nutritionnelle des repas. Sur le plan chimique, ces cubes contiennent principalement du sel et divers additifs alimentaires, notamment le glutamate monosodique. Or, une consommation excessive de sel est un facteur de risque bien connu des maladies cardiovasculaires, pouvant affecter la circulation sanguine y compris celle nécessaire au bon fonctionnement des organes sexuels. 

De plus certaines études suggèrent que le glutamate monosodique pourrait provoquer des troubles hormonaux et métaboliques, avec des répercussions potentielles sur la santé publique.

Cependant l’usage des produits érotiques sans connaissance de leur mécanisme d’action sur la santé est dangereux. L’urologue Hamey Sylla alerte que « les substances utilisées dans certains de ces produits sont conséquentes. Il y a une élévation brusque de la tension, les vertiges, les nausées, l’insomnie, palpitations, propagation de maladies sexuellement transmissible et surtout les personnes présentant des troubles cardio-vasculaires sont exposées à un risque accru d’AVC ou d’infarctus. » 

Le spécialiste appuie sue certains produits suppositoires sont néfastes pour notre bien-être, leurs utilisations abusives à long terme peuvent être responsables de sensation de brulures anales, des inflammations au niveau du rectum parfois même des hémorroïdes. Les risques d’adduction sont très élevés conduisant à la toxicomanie. 

«Le risque zéro n’existe pas» 

Les femmes ont besoin de produits pour garder la féminité intacte, il faut juste le bon produit surtout naturel. A en croire, coach Rose, «la féminité est une chose que l’on entretient, c’est comme une fleur quand tu l’arroses, elle fleurit le cas contraire elle se fane. Mais il y a des choses à éviter car le risque zéro n’existe pas.» Il y a des produits qui ne sont pas convenables que ce soit traditionnels ou importés. D’après elle, le corps de la femme réclame des produits érotiques à un certain âge. Le stress et les changements corporels de la vie en sont les causes. 

Au fil du temps la féminité aussi connait des changements, il y a des produits pour pallier ces soucis. Et ce n’est pas parce que ces produits ne sont pas traditionnels qu’ils sont mauvais. « Les produits qui nous viennent de l’occident sont généralement fait à base de nos remèdes traditionnels, transformés chimiquement dans des industries et mis dans de jolis emballages » soutient coach Rose

Le désordre commercial que ces produits connaissent aujourd’hui jouent sur leurs conservations et fiabilités. Plusieurs personnes évoluent dans le commerce de ces médicaments, ce qui menace l’originalité de certains produits. «Il faut savoir quoi acheter et avec qui l’acheter. Sur les réseaux sociaux tout le monde est devenu coach, sexologue et vendeuse de ces produits, c’est inacceptable. Il faut un retour à la source, chercher des vrais produits 100% naturels» propose la coach conjugale. Malgré, les risques liés à ces produits, ils sont souvent essentiels pour la stabilité du foyer. « Celles qui l’utilisent le sentiront dans leurs corps et dans leurs vies de couple pareil pour celles qui ne l’utilisent pas » conclu coach rose.

Pour sauver leur couple, certains sont prêts à tous les risques. Le plaisir vaut-il le coût ?

 Aïssata Niambélé   

Partager sur

Leave a Reply

Your email address will not be published.