Afrique : la modernisation ferroviaire, une priorité stratégique pour le développement

La modernisation du secteur ferroviaire constitue une priorité stratégique pour accompagner le développement économique et la mobilité durable en Afrique, a déclaré le directeur général de l’Office national des chemins de fer (ONCF) du Maroc, Mohamed Rabie Khlie, à l’ouverture vendredi du Forum sur le financement des projets ferroviaires en Afrique.

Organisé sous le haut patronage du roi Mohammed VI par l’ONCF et l’Union internationale des chemins de fer (UIC), ce forum met l’accent sur les solutions d’investissement et de financement nécessaires au développement du réseau ferroviaire africain. Selon M. Khlie, la croissance démographique, la jeunesse de la population, l’urbanisation accélérée, le potentiel des ressources naturelles et les impératifs climatiques renforcent la nécessité de transformer les systèmes de transport du continent, conformément aux ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA).

Le responsable a souligné que le financement demeure un défi majeur pour le développement ferroviaire en Afrique. Il a préconisé le renforcement des partenariats et la mise en place de mécanismes innovants afin de construire des modèles de financement durables, adaptés aux réalités de chaque pays. Il a également mis en avant les avancées du Maroc dans ce domaine, notamment avec Al Boraq, premier train à grande vitesse (TGV) du continent, la modernisation du réseau conventionnel, qui transporte plus de 55 millions de voyageurs par an, et un programme d’investissement historique dépassant 10 milliards d’euros à l’horizon 2030.

Pour sa part, le directeur général de l’UIC, François Davenne, a présenté le transport ferroviaire et les transports publics comme des moyens efficaces de lutter contre le dérèglement climatique, grâce au transfert des déplacements de la route vers des modes de transport moins émetteurs de carbone. Il a cité une étude publiée en 2023 par l’UIC et l’Université de Birmingham, en partenariat avec Alstom, selon laquelle le développement du rail dans les pays en développement pourrait permettre d’éviter jusqu’à 1,8 gigatonne d’émissions de carbone d’ici à 2050. M. Davenne a également annoncé que le forum, prévu sur deux jours, sera clôturé par le lancement officiel d’une coalition réunissant l’UIC, l’Union internationale des transports publics (UITP) et Alstom. Cette initiative vise à mobiliser les acteurs du transport et de la finance pour actualiser les méthodes de calcul des crédits carbone et faire reconnaître les émissions évitées grâce au rail et aux transports publics dans le cadre de l’article 6 de l’Accord de Paris.

De son côté, la coordinatrice régionale de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), Asmae Boureddaya, a salué l’expérience marocaine, soulignant que le Royaume figure parmi les pays les plus avancés dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063. Elle a notamment cité l’émission obligataire verte de l’ONCF en 2022, à laquelle ont participé des investisseurs marocains, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), CDG Capital et Tamwilcom. Cette opération a permis d’adapter les financements à la longue durée de vie des infrastructures ferroviaires. L’AUDA-NEPAD entend ainsi valoriser cette expérience dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Placé sous le thème « Solutions d’investissement et de financement pour l’avenir ferroviaire de l’Afrique », le forum réunit plus de 200 participants issus de 20 pays. Les échanges portent notamment sur la mobilisation des capitaux, les mécanismes de financement innovants, le transport ferroviaire urbain, l’intégration régionale, les corridors de fret ainsi que la préparation et la bancabilité des projets.

Avec la Map

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