Home A la Une Football malien : Prendre date avec l’avenir… sans renier les responsabilités du présent

Football malien : Prendre date avec l’avenir… sans renier les responsabilités du présent

Football malien : Prendre date avec l’avenir… sans renier les responsabilités du présent

Le football fait partie intégrante de notre héritage national. C’est à la fois un élément de cohésion sociale, un vecteur fort d’influence internationale et un outil économique souvent sous-évalué : formation, emploi, réputation du pays, collaborations, infrastructures.

Dans cette perspective, notre trajectoire à la CAN 2025 ne peut pas être interprétée comme une simple élimination sportive. Il faut le percevoir comme un signal d’alerte : celui d’un système qui a atteint un seuil critique où le courage et le talent des participants ne parviennent plus à dissimuler les manquements structurels.

La défaite contre le Sénégal (0-1) en quart de finale, au-delà du score, souligne trois points importants : 1) un avancement limité par le manque d’audace offensive, 2) une structure organisationnelle sportive insuffisante, 3) et un système de gouvernance affaibli qui met en péril la continuité des initiatives. Les Aigles du Mali ont, une fois de plus, démontré leur bravoure, leur cohésion et une véritable capacité à résister.

Toutefois, ils ont une nouvelle fois échoué à surpasser cette ligne de démarcation invisible qui distingue les équipes dignes d’estime de celles qui remportent des victoires.

Pas une seule victoire dans le temps réglementaire durant tout le tournoi : cette réalité, objective et impitoyable, n’est pas sans importance. Il exprime une réflexion profonde sur la situation actuelle de notre football.

Le problème de notre équipe durant cette CAN n’a ni été le mental, ni l’engagement, ni même la discipline défensive. Le problème était ailleurs : une absence d’audace offensive assumée, une animation trop pauvre et trop prévisible, et un manque criant de spécialistes capables de faire basculer un match fermé.

Durant cette CAN, l’équipe nationale a trop souvent donné l’impression d’être organisé pour ne pas perdre, plutôt que structuré pour aller gagner. Pressing haut intermittent, peu de projection collective, rares accélérations dans le jeu : à force de sécuriser, nous avons fini par neutraliser notre propre potentiel offensif.

À cela se sont ajoutés des choix tactiques discutables sur l’ensemble du tournois : des joueurs utilisés à des postes qui ne correspondent pas à leurs qualités naturelles, des couloirs inoffensifs, et une hiérarchie parfois fondée davantage sur le statut que sur la forme réelle du moment. Dans ce type de compétition, ces détails deviennent décisifs.

 

Pour autant, tout n’est pas à jeter. Le visage que nous avons proposé lors de cette CAN a aussi révélé des signaux encourageants, notamment chez certains jeunes, qui ont montré, au-delà de leurs talents, de l’intensité, de la discipline et de la personnalité. Mais tout ce potentiel sans cadre optimisé reste une promesse fragile. Sans projet de jeu clair, sans vision collective, le potentiel s’éparpille.

Aussi, un épisode mérite d’être rappelé : la lettre collective portée par le capitaine Hamari Traoré (publiée en juin 2024) appelant à plus de professionnalisme, de structuration et de clarté dans la gestion autour de la sélection nationale. Cet appel, qui relevait d’une démarche constructive, s’est soldé par une suspension de l’auteur. Au-delà de ce cas, une question demeure : comment notre football traite-t-il la critique interne lorsqu’elle vise à améliorer le système ?

La CAN 2025 doit être un électrochoc. Il est temps d’engager une véritable refondation du football malien, à travers de réelles Assises Nationales du Football, associant l’État, la Fédération, les ligues, les clubs, les joueurs, les anciens internationaux, les techniciens, les partenaires…enfin tout l’écosystème de notre football.

 

Ces Assises ne doivent pas être un événement de plus. Elles doivent déboucher sur un Pacte de performance avec, au minimum, des engagements clairs :

• Une gouvernance stabilisée : transparence, redevabilité, continuité des projets, clarification des rôles.

• Une direction technique nationale forte : doctrine de jeu, filières de formation, standards par poste, suivi des clubs formateurs.

• Un projet de jeu identifiable : principes, profils, automatisme, transitions, animation offensive.

• Un plan “compétition” : préparation, data, performance, médical, psychologie, gestion de l’intensité.

• Une économie du football : infrastructures, droits, marketing, partenariats, valorisation des talents, emplois.

• Un cadre de dialogue institutionnel : mécanisme sain de remontée des alertes (joueurs/encadrement), sans crispation.

• Une culture de la victoire : mentalité, exigence, leadership, responsabilité, projection.

 

Le Mali ne manque ni de talents, ni d’histoire, ni de passion. Il lui manque aujourd’hui une méthode, une vision partagée et une culture de la victoire. Prendre date avec l’avenir n’a de sens que si nous assumons pleinement les responsabilités du présent.

Mahamet TRAORÉ,

Expert communication,

Analyste & consultant football,

Fondateur de www.Malifootball.com

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